Nous passons une grande partie de notre existence dans notre tête… alors que nous ne vivons jamais ailleurs que dans notre corps. Cette chronique est une invitation à retrouver nos appuis, à écouter ce que notre corps tente de nous dire et à redécouvrir qu’il est l’une des portes les plus simples vers l’instant présent.
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Et si le corps n’était pas seulement un véhicule, mais le lieu où notre vie se déroule ? À travers une expérience vécue en préparation mentale, les enseignements des arts martiaux et une pratique de body scan, Florent Rousset explore une autre manière d’habiter sa vie : plus présente, plus incarnée et plus consciente. L’article propose une réflexion accessible sur notre relation au corps, au mental et à l’instant présent.
Lire l’article de la chronique ci-dessous :
Nous passons une grande partie de notre existence dans notre tête… alors que nous ne vivons jamais ailleurs que dans notre corps.
Cette phrase peut sembler paradoxale. Pourtant, elle décrit assez fidèlement notre manière de vivre. Nous réfléchissons sans cesse. Nous analysons, anticipons, planifions, comparons. Notre mental est constamment en mouvement. Pendant ce temps, notre corps continue silencieusement son œuvre. Il respire, s’adapte, ressent, nous soutient et nous accompagne à chaque instant. Il est toujours là, fidèle, alors même que nous lui accordons parfois si peu d’attention.
Revenir à son corps, ce n’est pas tourner le dos à son intelligence. Ce n’est pas non plus rechercher une forme de performance physique ou de bien-être à tout prix. C’est simplement revenir à l’endroit où la vie se déroule réellement. Car nous ne vivons jamais dans nos souvenirs, ni dans nos projections. Nous vivons toujours ici, maintenant, à travers ce corps qui nous accompagne depuis notre naissance.
Cette chronique est une invitation à ralentir. À retrouver ses appuis. À écouter ce que notre corps tente peut-être de nous dire depuis longtemps. À redécouvrir qu’il est bien plus qu’un simple véhicule : il est un véritable partenaire de vie.tion à cette voix intérieure qui vous accompagne en permanence. Et si le véritable enjeu n’était pas de faire taire le mental, mais d’apprendre à l’observer avec davantage de recul, de discernement et de liberté ?
Pourquoi avons-nous quitté notre corps ?
Nous avons appris très tôt à entraîner notre intelligence. Nous savons résoudre des problèmes, anticiper, analyser et organiser notre quotidien. Pourtant, bien peu d’entre nous ont appris à habiter pleinement leur corps. Nous vivons souvent dans nos pensées, absorbés par nos responsabilités, nos inquiétudes ou nos projets, tandis que notre corps poursuit silencieusement son travail : il respire, ressent, s’adapte et nous accompagne sans relâche.
Il suffit parfois de quelques secondes pour prendre conscience de cette déconnexion. Savez-vous, en cet instant, comment repose votre langue dans votre bouche ? Ressentez-vous vos pieds sur le sol ? Votre respiration est-elle ample ou superficielle ? Ces questions toutes simples révèlent souvent combien nous sommes davantage présents à notre mental qu’à nos sensations.
Revenir au corps n’est pas renoncer à penser. C’est retrouver le lieu où la vie se déroule réellement.
Le corps est la porte de l’instant présent
Je repense souvent à une journée de préparation mentale vécue avec un groupe de dirigeants. Le matin, nous avions travaillé la respiration, les appuis et la qualité de présence. L’après-midi, une poutre suspendue entre deux arbres nous attendait. Avant même de monter, beaucoup avaient déjà traversé l’épreuve… dans leur tête.
Puis chacun a été invité à revenir à une seule chose : sentir ses pieds, respirer, avancer un pas après l’autre. À mesure que l’attention revenait dans le corps, les scénarios catastrophes perdaient leur emprise. Cette expérience m’a rappelé une évidence : le mental imagine, le corps expérimente. Lorsque nous revenons à lui, nous retrouvons souvent davantage de stabilité que nous ne l’imaginions.
Quand le corps nous parle
Le corps nous parle en permanence. D’abord à voix basse, par une fatigue inhabituelle, une tension dans les épaules, un souffle plus court ou un manque d’énergie. Puis, si nous continuons à ne pas l’écouter, il élève progressivement la voix.
Prendre soin de son corps ne consiste pas uniquement à adopter une alimentation parfaite ou un programme sportif. C’est apprendre à développer une qualité d’écoute. Avec les années, notre corps évolue, vieillit, se transforme et nous invite à ajuster nos habitudes. Il devient un véritable baromètre de notre équilibre intérieur si nous acceptons de l’écouter avec bienveillance plutôt que de le contraindre
Les arts martiaux : une école de présence
Les arts martiaux m’ont appris bien davantage que des techniques de défense. Ils m’ont appris à retrouver mon centre, à sentir mes appuis et à découvrir la notion de hara, ce point d’équilibre qui permet de rester stable malgré les sollicitations extérieures. Ils m’ont également fait découvrir la juste distance avec l’autre, qui dépasse largement le dojo pour rejoindre toutes nos relations humaines.
Habiter son corps, c’est aussi apprendre à habiter sa place. Ni s’effacer, ni envahir. Simplement être pleinement présent.
Habiter pleinement sa vie
Nous cherchons souvent des méthodes complexes pour vivre davantage dans l’instant présent. Pourtant, la porte d’entrée est peut-être beaucoup plus proche que nous le croyons. Elle est dans notre respiration, nos sensations, nos appuis et notre capacité à ralentir.
Le body scan proposé à la fin de cette chronique est une invitation à parcourir son corps avec curiosité, sans jugement. Il ne s’agit pas d’obtenir un résultat, mais de renouer avec une présence simple. Peut-être découvrirons-nous alors que notre corps ne demande pas la perfection. Il demande seulement que nous soyons enfin là, avec lui.
Une invitation à aller plus loin
Habiter pleinement son corps n’est pas une technique de plus à ajouter à nos journées. C’est une manière de revenir à l’essentiel. Chaque respiration, chaque pas et chaque instant d’attention à nos sensations nous rappellent que la vie ne se déroule ni dans nos souvenirs ni dans nos projections. Elle se vit ici, maintenant, dans ce corps qui nous accompagne depuis toujours. C’est peut-être là que commence la véritable présence.

